Jamais le service public de l’enseignement, jamais les organismes de recherche, CNRS en tête, n’avaient été aussi menacés qu’en cette deuxième année de l’ère Sarkozy. Depuis les années 80, de nombreux ministres de l’Education Nationale et de la Recherche se sont succédés avec plus ou moins de bonheur, tantôt maladroits, oscillants entre le dogmatisme et le désir sincère d’adapter l’enseignement et la recherche aux enjeux de la fin du 20ème siècle.
Les budgets affectés à ces ministères ont été globalement élevés avec les résultats mitigés que l’on sait :
1.de plus en plus de jeunes en difficulté sont exclus du système scolaire, sans diplôme, sans formation professionnelle.
2.un fossé de plus en plus grand sépare les jeunes issus des classes populaires désireux de se faire une place honorable dans la société alors que l’ascenseur social ne fonctionne plus.
3.Les classes dirigeantes continuent, en bons « héritiers », de contourner le système pour offrir à leurs rejetons les meilleures filières offrant les meilleurs débouchés.
La gauche, dogmatique, et la droite, pragmatique, ont toutes deux leur part de responsabilité dans ces échecs, la première en mettant avec angélisme l’élève au centre du système scolaire, la seconde, non sans cynisme, profitant du flou engendré par les réformes pédagogiques incessantes et infructueuses, pour estimer que plus on dépense, moins on est efficace.
Le résultat ne s’est pas fait attendre avec l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, désireux de brader l’essentiel des services publics à des fins de rentabilité immédiate. La fin du programme du Conseil National de la Résistance est en route...
Pour dépecer l’Education Nationale et la Recherche sont nommés des ministres en apparence ouverts à la négociation avec les syndicats, Xavier Darcos et Valérie Pécresse, mais en réalités, jouets de leur affiliation partisane.
Premier objectif : minimiser l’importance de l’école maternelle en affichant un mépris profond pour ses instituteurs. Le but est de rapprocher les deux premières années de la maternelle des modes de garde privés (crèches, assistantes maternelles et autres haltes garderies confiées aux collectivités locales, associations ou au privé, la dernière année étant rattachée à l’école élémentaire.
Deuxième objectif : déposséder les professeurs des écoles de leurs initiatives pédagogiques en imposant des programmes rigides et peu adapté aux écoliers difficiles de notre époques. Et en ce moment imposer des tests d’aptitudes en CM2 portant sur des notions pas encore apprises et visant à imposer dans l’idée des citoyens que l’école publique ne vaut plus rien et que les officines privées feraient mieux pour moins cher. Et supprimer les RASED, taxés de coûter cher et d’être inutiles dans la lutte contre l’échec scolaire.
Troisième objectif : pourtant réclamé par les intéressés de tous bords : réformer le lycée. Une telle initiative nécessitait de longs mois de consultations et de réflexions, et que voyons-nous à la place, des décisions bâclées visant à instaurer un lycée à la carte, incitant les jeunes à piocher au hasard dans des options rendues faussement facultatives pour les non initiés. Et pour faire bonne mesure, on en profite pour réformer à la sauvette le CAPES et l’agrégation en recrutant les futurs enseignants au niveau master, en les privant d’une année de formation pédagogique, donc de salaire, et en les rendant pluridisciplinaires afin de s’en servir de variable d’ajustement. L’oral du concours se transforme brutalement et cyniquement en entretien d’embauche, sans le moins du monde vérifier les compétences universitaires du candidat.
Quatrième objectif : celui-là souhaité par la droite dure depuis des années, le démantèlement du CNRS (créé par Frédéric Joliot-Curie au lendemain de la guerre sur le modèle de l’académie des sciences soviétique) qui a pourtant démontré son savoir-faire avec peu de moyens et offert de nombreux prix Nobel à la France. La décentralisation des universités et leur mise en compétition offre une occasion inespérée de reverser la recherche dans leur giron, avec des moyens variables selon les établissements, et de vider le CNRS de sa substance en le transformant en simple agence de moyens.
De plus, avançant que les classes d’âge à venir seront moins nombreuses (ce qui reste à démontrer) et profitant de départ à la retraite de la génération du « baby boom », le gouvernement décide de ne remplacer qu’un enseignant sur deux.
Dans de récents entretiens à la presse, François Bayrou a affirmé haut et fort, son opposition absolue à ces réformes dont il pressent l’échec programmé.
Les mouvements sociaux prévus pour le jeudi 29 janvier sont soutenus comme rarement par tous les syndicats dont certains comme la CFTC et la CGC peuvent être difficilement taxés de gauchisme.
Les Universités pour leur part ont décidé de se mettre en cessation de fonctions dès le 2 février, et là encore de nombreux enseignants du supérieur, dont certains de Paris 2 Assas, peu suspects eux non plus de gauchisme militant, protestent.
De nombreux sites internet suivent au jour le jour l’évolution de la situation. Citons principalement :
http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php ?rubrique4
http://www.sauvonslarecherche.fr/
Et pour conclure provisoirement en beauté, un article en date du Monde du vendredi 30 janvier écrit par Danièle Sallenave, écrivain et universitaire française de renom qui résume la situation à lui tout seul : tout y est dit.
Pour la bonne bouche, et pour illustrer l’article de Danièle Sallenave, la citation de la boutade de notre président de la République qui en dit long sur sa conception de la culture et de l’humanisme :
« La Princesse de Clèves ! Voilà ce que donne l’Éducation nationale pour épreuve d’examen ! Étonnez-vous que ça aille si mal. Si c’est ce qu’on enseigne à nos enfants. (…) L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de La Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle ! »
Sans commentaires....
Marie-Françoise Henry


